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Le déclin de la presse écrite en Espagne : "On ne lit plus en Espagne"

Alors que les tirages de la presse écrite baissent dans le pays, la population espagnole s’informe à travers d’autres moyens d’informations, souvent plus modernes. Face à cette chute de la presse traditionnelle, nombreux sont ceux qui y sont encore attachés. 

Entre le bruit des machines à café et des rires peut se distinguer celui des pages du journal qui se tournent. En Espagne, de nombreux “bars du coin” mettent à la disposition des clients le journal du jour, généralement un journal d’information sportive – du style Marca. Un plaisir de lire l’actualité quand elle est comprise dans le prix du café. Les magazines ne semblent plus être des objets de lecture mais plutôt de consommation. 

La presse écrite : de plus en plus difficile à trouver en Espagne 

En janvier 2024, El País, le principal quotidien espagnol, accumule plus de 314.600 abonnés numériques, contre seulement 36.000 pour son édition papier, révèle le média. Un chiffre motivant pour l’information web, préoccupant pour la presse traditionnelle. Depuis de nombreuses années, la presse papier est de moins en moins lue par les Espagnols. 

Le libraire Abel Cruz, qui tient la boutique Free Time à Barcelone, observe ce phénomène au quotidien. Nombreux sont ses clients qui se plaignent de la fine épaisseur de certains magazines. “Ils me disent qu’ils trouvent plus d’informations sur Internet », raconte-t-il. 

Aujourd’hui, en Espagne, la presse écrite est de plus en plus confinée dans des espaces spécialisés, tels que certains kiosques ou encore des librairies comme Free Time. Un des vendeurs de la Librairie Jaimes, à Barcelone, révèle : “pour trouver de la presse écrite, dirigez-vous vers les kiosques du Passeig de Gracia. Vous n’en trouverez pas dans les librairies”. Pour Abel Cruz, cela reflète une différence culturelle marquée : « En Espagne, payer pour ce qu’on aime, surtout pour des produits culturels, n’est pas dans les habitudes. En France, en revanche, il existe une véritable culture du magazine. Même dans un supermarché, on trouve une section presse bien fournie. »

Malgré sa richesse culturelle, l’Espagne voit sa culture de l’information décliner. Depuis la pandémie de Covid-19 et les bouleversements géopolitiques récents, plusieurs grands médias internationaux, notamment américains et britanniques, ont cessé d’expédier leurs magazines dans le pays. En cause : une rentabilité jugée insuffisante par les éditeurs.

Parmi eux, plusieurs magazines américains comme : New Noise magazine, à propos de l’actualité musicale, Trasher magazine, autour de l’univers du skateboard ou encore National Geographic USA, la célèbre revue scientifique. Un problème car “Barcelone est une ville cosmopolite, nombreux de nos clients sont Français, Italiens, Lituaniens et viennent ici s’offrir des journaux internationaux, souvent en provenance des États-Unis” précise Abel Cruz. En Espagne, l’âge moyen des abonnés à la presse quotidienne est de plus de quarante ans, “les plus jeunes achètent la presse quotidienne en fin de semaine car c’est le moment pour eux de se détendre et de pouvoir lire tranquillement”, partage Abel Cruz. 

S’adapter à l’ère du temps 

Mais comment prendre le temps de se détendre et de lire tranquillement le journal lorsque l’information circule à la vitesse de la lumière ? Avec le développement d’Internet et des réseaux sociaux, aujourd’hui, un simple clic suffit pour s’informer. Selon l’INSEE, Institut national de la statistique et des études économiques, l’Espagne fait partie des pays européens les plus connectés avec 96,5% (4e position) des ménages ayant accès à Internet en 2023. De ce fait, de plus en plus d’Espagnols délaissent le papier pour plonger dans l’océan d’information, le web. Daniel, vendeur dans un kiosque à journaux à Sant Boi révèle “qu’il y a 20 ans, l’ancien propriétaire vendait 1000 revues par semaine. Aujourd’hui nous en vendons entre 50 et 70”, ajoute t-il, dérouté. En 1996, El País, le journal le plus lu d’Espagne, inaugure son édition électronique. Une façon pour le géant du pays de s’étendre au-delà des frontières espagnoles. Désormais, le lecteur a juste besoin de taper elpaís.es dans sa barre de recherche pour accéder à toute l’actualité. En 2023, la Catalogne représente la région avec le plus d’abonnements web au journal, avec une croissance supérieure à 47% par rapport à l’année précédente.

Chaque jour, plus de 28 millions d’Espagnols accèdent aux réseaux sociaux. Ils font partie de nos quotidiens, nous permettent de communiquer, de s’exprimer, de débattre et depuis peu – de s’informer. Le format de l’information semble s’adapter aux diverses applications telles que TikTok, X, Facebook, Instagram ou YouTube. Passant de la simple story (où le journaliste se dévoile généralement à l’écran) au réel de 60 secondes (vidéo verticale, courte et créative souvent accompagnée d’un musique), à une publication où défilent les images, jusqu’à la vidéo explicative (long format, horizontal). L’objectif : partager l’actualité à un public plus jeune, souvent perplexe face aux médias : “Il est paradoxal et très inquiétant que les générations qui ont le plus accès à l’information et à l’éducation, soient celles qui s’informent le moins”, déclare Alberto Quian, professeur de journalisme à l’USC, lors d’une étude à propos du manque de confiance que peuvent avoir les jeunes espagnols face à la science.

Bien que les nouveaux moyens de s’informer s’imposent de plus en plus, d’autres médias plus “traditionnels” – comme la télévision ou la radio – comptent bien garder leur place. En Espagne, la télévision ne sert pas seulement à encourager son équipe de football favorite lors d’un match, non, elle diffuse aussi l’actualité. En 2023, Antena 3 est la chaîne de télévision généraliste la plus regardée du pays, avec son programme “noticias” très populaire. 

Lutter contre le déclin de la presse écrite en Espagne 

À l’image du Pass Culture français, en 2022, le gouvernement espagnol met en place son propre dispositif, le Bono Cultural Joven. Afin de permettre aux jeunes Espagnols d’accéder plus facilement à la culture, avec un bon de 400 € à dépenser dans des activités et biens culturels, à partir de 18 ans. Une partie de cette somme – 100€ – est destinée à la consommation digitale ou en ligne, ce qui comprend l’abonnement digital à la presse, magazines et autres périodiques. Une bonne nouvelle pour l’information papier. Comme précisé plus haut, les personnes de plus de quarante ans sont les principaux abonnés de la presse quotidienne mais parfois, elle tente de toucher la nouvelle génération avec des numéros spéciaux : “un jeune client m’a demandé hier de garder une copie du journal car un de ses chanteurs préférés y paraissait” partage Abel Cruz. 

Pour lutter contre le déclin de la presse écrite en Espagne, plusieurs magazines, de mode notamment – ELLE, Telva ou Madame Figaro – mettent en place une stratégie marketing : acheter un magazine et repartir avec un cadeau. Pour tout achat d’un magazine, le client repart bien chargé avec en plus de la revue, un agenda, une lotion pour le corps, une pochette, une crème pour les mains ou parfois même un bijou. Le magazine n’est pas acheté en tant que tel mais davantage pour le bonus. 

En Espagne, si la presse écrite semble se perdre peu à peu, l’information quant à elle regorge d’imagination pour perdurer auprès de toutes les générations. Et parfois entre le bruit des machines à café et des rires, peut se distinguer celui des pages du journal qui se tournent.

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