Feux de forêts : la ville de Barcelone risque-t-elle un scénario californien ?
La ville de Los Angeles a connu du 7 janvier au 31 janvier, l’un des feux les plus imposants de l’histoire des Etats-Unis. 16.000 hectares de la ville ont été réduits en cendres. À titre de comparaison : plus de la superficie totale de Barcelone est détruite. La capitale catalane, bordée par la Méditerranée et la montagne de Collserola, partage avec Los Angeles un climat méditerranéen et une interface urbaine-forestière. Ces similitudes exposent la ville espagnole à des risques d’incendies accrus, exacerbés par le changement climatique. Barcelone pourrait-elle connaître des incendies comme ceux de Los Angeles ?
Durant 25 jours, un vaste embrasement, alimenté par des vents forts et des températures inhabituellement élevées, a ravagé la ville de Los Angeles, aux États-Unis. Les deux incendies dévastateurs – Palisades Fire et Eaton Fire – sont totalement maîtrisés, le 31 janvier, après trois semaines de dégâts considérables. Le bilan est lourd : une trentaine de décès, 16.000 hectares de la ville réduits en cendres et plus de 10.000 habitations détruites. La société météorologique privée AccuWeather a évalué les dégâts et les pertes économiques entre 250 et 275 milliards de dollars.
“Barcelone et LA possèdent des zones urbaines proches des zones forestières ”
Ces deux villes partagent un paysage similaire : la mer qui borde leurs côtes et les montagnes qui s’élèvent en arrière-plan. Pourtant à des milliers de kilomètres, Los Angeles et Barcelone ont aussi en commun leur climat. Un climat méditerrannéen qui se caractérise par des étés chauds et secs, des hivers doux et humides, ainsi qu’une végétation essentiellement composée de résineux – le pin méditerranéen par exemple. Tout comme à Los Angeles, Barcelone, la capitale catalane possède des “zones d’interface urbaine-forêt”, explique Maria Cifre, docteure en anthropologie environnementale : “c’est-à-dire des zones où les bâtiments sont proches ou en contact avec la forêt”.
Une proximité qui peut générer un risque majeur en cas de feu de forêt selon les pompiers de la ville car “cela peut rendre compliqué l’arrivée des camions et du matériel lors d’une intervention”. “Les quartiers de Barcelone situés dans la Sierra de Collserolla sont les zones où le risque d’incendies de forêt est le plus élevé”, affirme Maria Cifre.
Généralement les villes côtières connaissent plus de vent que les villes situées à l’intérieur des terres, dû aux différences de température entre la mer et la sol ou à leur configuration géographique (présence de relief ou de vallée). À Barcelone, le vent se lève depuis la mer – vent llevant – la nuit, son orientation change et souffle en direction de la Méditerranée – vent mestral. “Si un feu de forêt se déclenche dans la journée, il pourrait rapidement se diriger vers des quartiers comme Vallvidrera ou Canyelles – situés au pied de la montagne de Collserolla – à la tombée de la nuit. Mais pas jusqu’au centre ville” déclarent les pompiers de la ville.
Des maisons construites avec des matériaux différents
Aux États-Unis, 90% des maisons bâties en 2019 étaient en ossature de bois, selon le National Association of Home Builders (NAHB). Ce matériau utilisé depuis des siècles pour construire les maisons américaines, est plus résistant que le béton ou l’acier aux tremblements de terre de faible intensité et aux tornades légères. À noter que la Californie fait partie des zones à haut risque d’incendie forestier.
En Espagne, le Codigo Tecnicó de la Edificación (CTE) impose des critères spécifiques pour les matériaux de construction. En vigueur depuis le 29 mars 2006, a été introduit pour uniformiser les normes de construction en Espagne et répondre aux directives européennes en matière de sécurité, de durabilité et d’efficacité énergétique. En Catalogne et dans le reste du pays, les maisons sont majoritairement faites de béton armé et d’acier, des éléments plus résistants aux flammes.
Comment se déclare un incendie ?
Selon les pompiers, si la règle des “trois 30” est atteinte, le danger de voir un incendie se déclencher est au maximum.
- supérieure ou égale 30km/h de vent
- température supérieure ou égale à 30°C
- Hygrométrie inférieure à 30% dans la végétation
Dans le cas de Los Angeles, les feux respectaient tous cette règle.
Mais attention, même si ces éléments favorisant la propagation des incendies sont réunis, il faut pour qu’un feu se déclare une énergie d’activation qui peut être naturelle (foudre), accidentelle (barbecue) ou intentionnelle.
Comment prévenir ce genre d’incendie ?
Avec le changement climatique, les feux forestiers deviennent un enjeu majeur. “Chaque année il y a de plus en plus de forêts dû à la réduction de certaines activités humaines” affirment les pompiers barcelonais. L’intérêt n’étant pas de détériorer la végétation mais plutôt de la préserver en travaillant la terre ou débroussaillant – réduire la masse de végétaux sur un terrain. “Le contact direct entre le combustible végétal et urbain facilite la propagation du feu. Le feu avance grâce au combustible, s’il n’y en n’a pas, il n’avance pas” explique Maria Cifre. En cas de départ de feu, le débroussaillement permet de freiner son intensité et sa propagation.
Concernant les quartiers adjacents à la montagne de Collserola, certains proposent d’aménager des espaces publics comme “un skatepark ou un parking” entre la forêt et les habitations. L’idée : créer des zones pyro résistantes – ou résistantes au feu.
Les groupes de défense des forêts sont réguliers, depuis 1986, suite au programme « Feu Vert », développé après la première grande vague d’incendies de forêt survenus dans le pays. Comme par exemple l’ADF – Agrupacions de Defensa Forestal en catalan – dont l’objectif est la prévention et la lutte contre les feux de forêts. Cette association est reconnue par les autorités espagnoles, en particulier en Catalogne, comme un élément essentiel de la stratégie de défense contre les incendies de forêt. Grâce à une surveillance des zones à haut risque, une collaboration avec les pompiers et les agents forestiers, ainsi qu’une protection de la biodiversité, une meilleure gestion des risques d’incendies est observée.
